La loi de la nouvelle tolérance

En Occident, nous vivons à une époque très particulière de l’histoire de l’église. Une forte déchristianisation est évidente. Mais davantage qu’une simple baisse de l’assiduité du peuple au culte du dimanche, ce sont les valeurs judéo-chrétiennes mêmes qui sont remises en question. Ces valeurs ont fortement contribué au développement de la démocratie, aux droits de l’homme, au respect de la justice et de la vie humaine. Et, de façon conséquente, ces valeurs ont contribué à notre niveau de vie et à un certain bien-être qui font l’envie du reste du monde, au point où beaucoup choisissent de quitter leurs pays d’origine pour immigrer en Occident.

Mais peu reconnaissent ces évidences maintenant. Au contraire, le christianisme est plutôt décrié par la population sécularisée. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D'abord, comme beaucoup d’autres civilisations avant nous, c’est justement notre bien-être et notre richesse qui nous ont conduits à oublier à quoi ils étaient dus. Notre confort nous a piégés. Ensuite, un curieux mouvement a pris naissance et est venu chambouler notre vision de la société. La « rectitude politique », en partie en accord avec certaines valeurs judéo-chrétiennes, est toutefois venue frapper celles-ci de plein front. En s’opposant à toute offense sur la base de la profession, de la race, du genre, de la culture, de la religion, des croyances, de l’orientation sexuelle, des déficits physiques et intellectuels, de l’âge, elle a redéfini la tolérance. L’ancienne tolérance consistait à accepter que plusieurs positions opposées existent et qu’elles ont le droit d’exister, et cela même si notre propre position est exclusive. La nouvelle tolérance force à accepter la position d’autrui comme vraie, ou du moins aussi vraie que la nôtre. (Sur le contraste entre l’ancienne et la nouvelle tolérance, le livre de D.A. Carson, The Intolerance of Tolerance (Eerdmans Publishing, 2012) est fort éclairant.) Ainsi, la nouvelle tolérance ne tolère pas (sic) qu’on ait quelque jugement sur les croyants d’autres religions ou sur les homosexuels. La nouvelle tolérance ne tolère pas l’absolutisme religieux. En cela, la nouvelle tolérance est l’application logique du post-modernisme, qui avance qu’aucune opinion absolue n’existe, car aucune ne peut prétendre être vraie.

En définitive, la nouvelle tolérance nit qu’il existe Une Vérité. « Je suis le chemin, la vérité et la vie » n’est pas une déclaration tolérable. D’où le choc avec le christianisme et avec une vision du monde qui prévalait jusqu'ici. Il n’est plus question de chercher La vérité.

Bien sûr, la nouvelle tolérance est d’un illogisme criant. Elle se construit sur ce qu’elle nie :
« Il n’y a rien d’absolu »… et cela est absolument vrai !
« Toutes les opinions sont bonnes » … excepté celles qui prétendent qu’une opinion particulière est la bonne !

Et par-dessus tout, la nouvelle tolérance use d’une intolérance absolue envers ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Et comme le soulève D.A. Carson, il apparaît de plus en plus clair que la cible de cette nouvelle intolérance est le christianisme et les chrétiens. Après tout, ne clament-ils pas qu’ils sont les seuls à connaitre la vérité, que seule leur foi est la bonne, et ne condamnent-ils pas les pécheurs sur la base d’une loi religieuse maintenant obsolète ? Ils sont les plus intolérants, ne respectant pas le choix des femmes face à l’avortement, ni le choix d’une orientation sexuelle avec laquelle tous sont nés !

À l’évidence, la nouvelle tolérance est née de l’abandon d’une base idéologique inspirée du christianisme et d'un choix de nouvelles valeurs. Ou, plus précisément, d’une nouvelle loi. L’ancienne Loi disait de ne pas faire à autrui ce que nous n’aimerions pas qu’on nous fasse, et cet autrui était défini comme tel dès son apparition dans le ventre de la mère. La nouvelle « loi » affirme qu’il est permis de tuer celui qui est dans le ventre de la mère si cet acte infanticide permet de retrouver sa « liberté » ou d’éviter une situation la moindrement problématique. L’ancienne éthique disait que l’homme était fait pour la femme, et la femme pour l’homme, comme le montre clairement leurs complémentarités physique et émotionnelle. La nouvelle éthique considère qu’aucune forme de relation sexuelle ne peut être l’objet d’une réprobation, même pas celle entre jeunes adolescents immatures. Pourtant, cette nouvelle éthique condamne tout de même la pédophilie et n’accepte pas (pas encore ?) la polygamie. Mais sur quelle base ?

L’ancienne Loi impliquait la foi en un Dieu créateur et normatif. La nouvelle « loi » relèverait d’une morale « humaniste », « naturelle ». Mais qu’est l’humain, et que définit-on comme « naturel » ? À travers les civilisations de l’histoire du monde, il est facile de constater que le « naturel » a eu plusieurs visages, dont la terreur. Rien n’est pire qu’une morale « naturelle », car tout est alors remis au jugement personnel subjectif et, comme l’affirment les chrétiens, ce jugement est entaché du péché avec lequel tous sont nés… Mais justement, nos contemporains nient le péché. À leurs yeux, le seul vrai péché, c’est l’intolérance qu’il leur faut combattre.

Dans ce contexte, quel est l’avenir de la société occidentale, et quel est l’avenir du christianisme occidental ?
Quel doit être le discours et le comportement du chrétien ?

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