Voici pourquoi Joni Eareckson Tada et Steven Estes ont écrit le livre « Quand Dieu pleure »

J’ai rencontré Joni durant l’été 1969, dans le stationnement d’une église. Des centaines d’autres adolescents et moi venions de sortir bruyamment du bâtiment, après la réunion du groupe de jeunes. Tout le monde se dispersait, les moteurs démarraient, la musique des radios retentissait dans l’air, les rires fusaient de partout et les pitreries allaient bon train.

Une voiture familiale blanche était garée tout près du trottoir. Curieusement, le fait que mon amie Diana était en possession des clés évitait que la voiture ressemble à un véhicule pour personnes d’âge moyen. Diana avait la personnalité la plus pétillante au monde. Elle se tenait près de la portière avant du côté passager. Elle a tiré un fauteuil roulant vide e la banquette arrière pour le déplier. Elle voulait me présenter l’amie paralysée dont elle m’avait parlé. De là où j’étais, je ne pouvais pas voir le visage de la grande fille assise sur le siège avant. Je pouvais juste voir les attelles autour de ses poignets.

« Steve, je veux te présenter Joni. »
« Salut Joni. »

Un visage s’est incliné pour regarder. Des cheveux blonds courts élégamment stylisés. Un mignon visage recouvert de taches de rousseur. Un nez retroussé. Un sourire lumineux, mais doux-amer – doux parce que, si vous connaissez Joni, c’est simplement qui elle est. Amer, parce qu’elle donnait l’impression que cette chaise lui avait volé quelque chose de précieux.

« Salut Steve ! Contente de faire ta connaissance. » Enthousiaste, mais hésitante.
« Vous deux avez beaucoup à vous dire », dit Diana, emballée. On a convenu qu’il serait plaisant de passer du temps ensemble.

Une semaine plus tard, je suis entré dans la maison de pierre et de bois que j’ai toujours considérée comme le vestibule du paradis. Des bois de cerfs trônaient au-dessus de chaque cheminée, des tapis indiens étaient dispersés ici et là. Des bougies, et encore des bougies. Simon & Garfunkel sur le tourne-disque, des rires dans toutes les pièces et la gentillesse contagieuse des parents et des sœurs de qui Joni tenait son magnifique sourire.

Une fois seuls, néanmoins, il a fallu moins de dix minutes pour que la question émerge.

« Donc, Diana dit que tu es un grand connaisseur de la Bible. Dis-moi, penses-tu que Dieu a quelque chose à voir avec ma paralysie ? » Elle a dégagé nonchalamment une mèche de cheveux de son front avec le dos de son poignet, mais son regard n’avait rien de nonchalant.

Voici le point crucial du livre que vous vous apprêtez à lire.

Me voici, un garçon de seize ans insignifiant, livreur de journaux, assis en face de la fille qui, deux ans plus tôt, était probablement la plus populaire de son immense classe à l’école. La foule avec laquelle elle courait, je ne l’ai vue que de l’autre côté du gymnase. Et maintenant, regardez-la ! Je tape du pied au rythme de la musique de James Taylor qui joue en arrière-plan ; elle se contente de bouger la tête. Je mange mon propre lunch, et elle, quelqu’un doit la nourrir. Je vais franchir cette porte-moustiquaire dans une trentaine de minutes ; elle va rester assise dans ce fauteuil jusqu’à la venue de la Faucheuse. Et elle veut savoir si je pense que Dieu l’a mise dans cette situation ? Qui suis-je pour ouvrir ma bouche ?

Je sais ce que dit la Bible sur sa question. Une douzaine de passages me viennent à l’esprit grâce à des années passées à l’église et à un père chrétien qui a bien enseigné ses enfants. Mais je n’ai jamais testé ces vérités dans une situation aussi difficile. Je n’ai jamais rien vécu de pire qu’un D en algèbre ou un premier amour qui vire mal. Je pense pourtant que si la Bible ne peut pas s’appliquer à la vie de cette jeune fille, je n’aurais jamais dû la prendre au sérieux.

Je racle ma gorge et me jette à l’eau.

« Dieu t’a mise dans ce fauteuil, Joni. Je ne sais pas pourquoi, mais si tu lui fais confiance au lieu de lui résister, tu sauras pourquoi – si ce n’est pas dans cette vie, ce sera dans l’autre. Il t’a laissée te casser le cou, parce qu’il t’aime. »

Oh, ça me semblait d’une grande platitude, mais pas pour elle, apparemment. On a lu quelques versets et je suis rentre chez moi. À partir de ce jour-là, j’ai dû étudier assidument, juste pour garder une longueur d’avance sur elle ; elle avait toujours le nez dans cette Bible.

Le présent ouvrage parle de Dieu qui pleure sur la souffrance humaine, éprouvant lui-même nos angoisses et de l’amour qui le pousse à nous laisser souffrir. Ce livre aborde le fait de gouter à l’amitié de Dieu au cours des épreuves difficiles qu’il a aussi vécues sans qu’on en soit conscient. Une grande partie de cet ouvrage est écrit du point de vue de Joni, parce que sa vie est un remarquable laboratoire qui prouve que Dieu sait de quoi il parle.

Mais votre vie est un important laboratoire pour mettre la Parole de Dieu à l’épreuve alors que vous la lisez. Les pensées de Dieu concernant la souffrance vous semblent-elles banales ?

Steve Estes

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Où sont passées les années ?

Je vois encore Steve Estes, courbé sur sa Bible près de la cheminée, se levant seulement pour mettre une autre buche dans le foyer. Il passait avec vitesse de l’Ancien au Nouveau Testament, trouvait la page, suivait avec son doigt jusqu’au bas d’une colonne et pointait le verset pour répondre à ma plus récente question.

« O.K., Jon, maintenant, suis-moi. Écoute ça, dans Éphésiens, chapitre 3 : « Le but est que... », disait-il, comme si le moteur vrombissait avec de petits coups sur l’accélérateur. Et c’était parti pour une route de questions, on s’y heurtait, on s’arrêtait, on faisait marche arrière, puis on repartait en faisant un détour ou deux, avant de clore notre rencontre après que la dernière buche dans la cheminée ait termine de bruler, ne laissant que des braises. Il était aussi pur et jeune que j’étais avide de voir la vérité fonctionner. Ainsi donc, on poursuivait à l’étude biblique suivante, lui, soulignant avec enthousiasme les versets saillants des Écritures, et moi essayant de suivre son rythme et de ne rien manquer.

Si Dieu est amour, pourquoi la souffrance ?
Quelle est la différence entre permettre quelque chose et l’ordonner ?
Lorsque des malheurs arrivent, Dieu agit-il de connivence avec le diable ?
Comment peut-il espérer me voir heureuse ainsi ?

« Retiens cette pensée ! » criait Steve par-dessus son épaule en allant à la cuisine se chercher une autre canette de Coca-Cola.

Il n’y a jamais eu d’époque plus agréable que ces années passées à explorer la Bible. Notre aventure consistait a parcourir la route aussi loin qu’elle nous mènerait afin de connaitre Dieu dans la souffrance. Trente ans plus tard, on a passé quelques étapes déterminantes et on a souffert les bosses et les ecchymoses qui viennent avec l’âge et la sagesse. Heureusement, nous avons tous les deux des conjoints, Verna et Ken, qui continuent de nous encourager. Bien des choses ont changé, mais une chose demeure : notre amitié gravite toujours autour du Fils.

Une autre chose est constante. La souffrance. À certains égards, c’est encore plus pénible. Mes os me font mal avec tout le temps que j’ai passé assise dans un fauteuil roulant. En outre, je suis fatiguée de lutter avec les limitations envahissantes de ma paralysie. Pourtant, c’est toujours une aventure (même si ce que j’apprends n’est qu’un écho de ces premières années, comme si je devais simplement sonder de plus grandes profondeurs).

Jamais je n’aurais imaginé, a cette époque, alors que j’étais assise près de ce feu a une heure tardive, devant des bouteilles de Coca-Cola vides, que les réponses découvertes alors auraient des répercussions si puissantes aujourd’hui. Après des décennies de quadriplégie et presque autant d’années passées à rencontrer des gens dans des situations aussi mauvaises sinon pires que la mienne, je continue de transmettre ces vérités.

Ce ne sont pas tant des vérités sur la souffrance que sur Dieu. C’est pourquoi je présente ce livre avec la prémisse : Quand Dieu pleure n’est pas tant au sujet de l’affliction que de la seule Personne susceptible d’expliquer le sens de la souffrance. Ce n’est pas de savoir pourquoi nos souffrances nous importent (bien que ce soit le cas), mais pourquoi le Tout-Puissant compatit à nos souffrances. Une autre prémisse : nous croyons que la Bible est la Parole de Dieu, la Bible hébraïque s’accomplissant dans le Nouveau Testament, chaque livre étant une pierre inamovible dans la fondation de la vérité. La Bible est la feuille de route éprouvée que l’on utilise dans ce livre.

Je savais que je ne pouvais pas traiter un sujet aussi fort toute seule. Il requiert l’expérience et l’érudition. J’apporte l’expérience et Steve Estes, avec ses nombreuses années d’étude au séminaire, apporte l’érudition. Il a gracieusement prêté ses dons d’écriture et d’enseignement pour qu’ensemble, nous puissions vous former à travers ces mêmes questions difficiles.

Pendant une étape du voyage (chapitres 2 à 6), l’étude et l’écriture sont de Steve. Votre cœur et votre esprit seront remues, comme cela a été le cas pour moi lorsqu’il m’a présenté ces idées pour la première fois dans « Qui est ce Dieu ? », assis à côté de mon fauteuil roulant. Steve écrit à propos de l’enfer dans le douzième chapitre, et je poursuis à propos du ciel dans le dernier chapitre. Les appendices A et C sont de lui également. Nous avons martelé les grandes lignes du livre ensemble (plusieurs fois !) et peaufiné nos travaux réciproquement, stimules par des années d’étude sur le thème de la souffrance.

Une dernière chose. « Le soir arrivent les pleurs, et le matin l’allégresse » :  la joie pour ceux qui souffrent, mais particulièrement pour Dieu. C’est ma prière et celle de Steve que par l’intermédiaire de ce livre, vous puissiez mieux comprendre pourquoi nos pleurs importent pour le Dieu d’amour. Un Dieu qui, un jour, expliquera la signification derrière chaque larme.

Même de ses larmes.

Joni Eareckson Tada

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