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Dane Ortlund demande, comment les chrétiens grandissent-ils spirituellement ?

Dane Ortlund demande, comment les chrétiens grandissent-ils spirituellement ?

La question elle-même provoque immédiatement diverses réactions. Certains d’entre nous se sentent coupables. Ils ne progressent plus et ils le savent. Or, la culpabilité se nourrit d’elle même. Les voilà alors paralysés, comme dans un état de stagnation spirituelle.

Pour d’autres, une aspiration jaillit du plus profond d’eux mêmes. Ils brûlent de grandir davantage en Christ.

D’autres, encore, se targuent de leur croissance spirituelle, persuadés qu’ils s’en tirent plutôt bien. En réalité, ils arrivent à cette auto-évaluation parce que, l’air de rien, ils se comparent aux autres – tout en se voilant la face sur leurs véritables motivations dans la vie chrétienne.

Chez quelques-uns, la question engendre un cynisme de bas étage. Ils ont accompli des efforts ou du moins, c’est ce qu’ils pensent. Ils ont essayé telle et telle stratégie, lu des livres, assisté à certaines conférences sur le sujet. En fin de compte, ils ont toujours l’impression de tourner en rond, d’être incapables de progresser dans la grâce.

Aucun d’entre nous ne remet en question la nécessité de grandir spirituellement. Nous lisons dans la Bible : « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pi 3.18) ; « nous croîtrons à tous égards » (Ép 4.15). Nous constatons ce besoin de croissance non seulement dans la Bible, mais aussi dans nos propres cœurs. Un examen de conscience honnête nous fait mal autant qu’il nous surprend. Nous découvrons qu’une grande partie de notre vie découle d’une source unique : le moi. Même la façon dont nous faisons du bien au monde qui nous entoure tourne autour de nous. Nous donnons, nous rendons service, nous nous sacrifions non pas pour les motifs généreux que nous faisons croire aux autres, à Dieu, et à nous-mêmes, mais pour des raisons égoïstes. Et encore, ce n’est que ce que les autres voient. Qu’en est-il de la laideur de nos vies quand personne ne regarde ? Comment tuons-nous les péchés commis dans l’obscurité ?

La question n’est donc pas de savoir si nous devons grandir, mais comment. Parmi toutes ces réactions, quiconque est né de nouveau portera en germe le désir sincère de grandir.

Alors, comment un chrétien grandit-il spirituellement ?

La thèse centrale de ce livre est la suivante : le changement est une question d’approfondissement. Certains croyants pensent que nous changeons grâce à des améliorations extérieures : en conformant toujours plus notre comportement à une norme morale (la loi biblique, les commandements de Jésus, la conscience, etc.). D’autres estiment que nous changeons en faisant plus d’efforts intellectuels : par une compréhension plus vaste et plus précise de la doctrine. D’autres encore pensent que nous changeons grâce à des expériences subjectives : en ressentant plus de choses lors du culte personnel ou public.

Je suis convaincu que ces trois éléments font partie d’un développement chrétien sain (et si l’un d’entre eux manque, nous sommes infirmes et nous ne nous développerons pas), mais cela ne suffit pas. Ils n’arrivent pas à la cheville de la véritable croissance. Croître en Christ, cela ne consiste pas à s’améliorer, à ajouter ou à ressentir, mais à approfondir. La notion d’approfondissement implique que vous avez déjà ce dont vous avez besoin. La croissance chrétienne consiste à relier harmonieusement ce que vous faites, dites et même ressentez avec ce que vous êtes déjà. 

C’est à peu près de cette manière qu’Henry Scougal a décrit la vie chrétienne dans son petit livre The Life of God in the Soul of Man. Scougal enseignait la théologie à l’université d’Aberdeen. Il est mort d’une tuberculose à l’âge de vingt-huit ans. En 1677, il a écrit une longue lettre à un ami qui était découragé, et cette lettre est devenue plus tard le livre en question. Ce fut le catalyseur de la conversion de l’évangéliste britannique George Whitefield. Celui-ci a déclaré : « Je n’ai jamais su ce qu’était la vraie religion jusqu’à ce que Dieu m’envoie cet excellent traité2 . » Dans ce livre, Scougal affirme que pour certains chrétiens la croissance résulte d’un comportement plus pur, pour d’autres d’une doctrine plus pointue, pour d’autres encore d’émotions plus riches ; or le véritable changement se produit grâce à la vie de Dieu dans l’âme de l’homme.

Scougal et d’autres croyants du passé nous aideront à voir comment Dieu entend, à travers sa Parole, enrichir notre vie chrétienne de tous les jours. Nous ferons appel à divers sages du passé pour nous aider à comprendre réellement les Écritures. La plus grande partie de la sagesse dont nous disposons aujourd’hui se trouve chez les morts. Augustin, Grégoire le Grand, Luther, Calvin, Knox, Sibbes, Goodwin, Owen, Bunyan, Edwards, Whitefield, Ryle, Spurgeon, Bavinck, Lewis et Lloyd-Jones. Bien que leurs esprits soient maintenant avec Christ au ciel, leurs livres et leurs prédications demeurent parmi nous. C’est dans ces grands serviteurs de Christ du passé bien plus que chez les chrétiens populaires d’aujourd’hui que nous puiserons notre force et notre compréhension biblique de la croissance en Christ.

Comme l’indique le sous-titre de ce livre, nous verrons comment Dieu produit un changement profond chez de véritables pécheurs, en opposition à un changement superficiel chez des pécheurs théoriques. Nous ne chercherons pas à proposer des solutions pour modifier le comportement. Il ne sera pas question de régler votre réveil plus tôt ou de réduire votre consommation de glucides. Nous n’allons même pas évoquer la dîme, la fréquentation de l’Église, la tenue d’un journal, la participation à des petits groupes, les ordonnances, ni la lecture des œuvres des puritains. Toutes ces choses, même un cœur corrompu peut les pratiquer. Nous parlerons de l’importance d’un profond changement, d’un vrai changement pour de véritables pécheurs. Si vous croyez au péché originel et qu’en même temps vous estimez ne pas vous en sortir trop mal pour un chrétien, vous pouvez reposer ce livre sur l’étagère. Ce livre est destiné aux chrétiens frustrés. À ceux qui sont épuisés. Qui sont au bord du gouffre. Ceux qui sont sur le point de renoncer à tout progrès réel dans leur croissance chrétienne. Si, non seulement, vous croyez au péché originel d’un point de vue doctrinal, mais qu’en plus, vous avez le sentiment d’en être la preuve vivante au quotidien, alors ce livre est pour vous.

Précisons tout de suite quelques points.

Premièrement, je ne vais pas vous bousculer. Personne ne devrait le faire. Nous sommes des pécheurs compliqués. Parfois, nous faisons deux pas en avant et trois en arrière. Nous avons besoin de temps. Soyez patient avec vous-même. Un sentiment d’urgence, oui, mais pas un sentiment de précipitation. Ceux qui changent du jour au lendemain ne constituent pas la norme, mais l’exception. Un changement a beau être lent, il n’en est pas moins réel. C’est d’ailleurs la façon normale dont Dieu agit avec nous. Prenez votre temps.

Deuxièmement, lisez ce livre en étant ouvert à l’idée de connaître un véritable changement dans votre vie. L’une des grandes victoires du diable est d’inonder nos cœurs du sentiment que nous tournons en rond. Peut-être que sa plus grande victoire dans votre vie n’est pas un péché récurrent, mais tout simplement cette sensation d’être incapable de grandir en Christ.

Troisièmement, je vous encourage à ne pas dévorer ce livre, mais à vous arrêter de temps en temps pour y réfléchir. Vous pourriez tenir un journal au fil de votre lecture. Vous pourriez le faire avec un ami. Faites tout votre possible pour ralentir votre lecture. Imprégnez-vous de son contenu et méditez-le. Permettez aux vérités de la Bible de vous guider dans les verts pâturages auxquels vous aspirez dans votre marche avec le Seigneur. On ne retire pas grand-chose d’un livre de ce genre quand on le lit rapidement.

Quatrièmement, ce livre est écrit par un des vôtres. Je ne suis pas le médecin, j’ai autant besoin de ce livre que vous. Il est le fruit de mes échecs autant que de mes succès.

-Dane Ortlund

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