Les effets du péché (Olivier Favre)

Cet article est tiré du livre Le bon fondement par Olivier Favre


Les Écritures emploient une riche variété d’expressions pour décrire la désintégration de nos relations avec Dieu, nos semblables, le monde qui nous entoure et nous-mêmes. Pécher consiste à manquer le but fixé par Dieu, à être privé de la jouissance de sa présence pour laquelle nous avons été créés (voir Romains 3.23). C’est dévier de la bonne voie et se trouver sous le verdict de culpabilité en face du Juge éternel. C’est carrément se rebeller contre un Roi juste et aimant, être un traître à l’égard de la bonté de Dieu (Romains 3.10-18).

Quatre points particuliers font la lumière sur la triste condition dans laquelle les hommes se trouvent maintenant.

  1. L’image de Dieu mutilée

Genèse 1.26-27 nous présente le modèle initial divin de la vie de l’homme. Il devait être le porteur de l’image de Dieu :

Dieu dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance, pour qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image : il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa.

Dans l’histoire de l’église, plusieurs points de vue ont été exprimés concernant la signification de «l’image de Dieu». Dieu possède-t-il des caractéristiques physiques et corporelles? Ou doit-on chercher une trinité de qualités humaines qui pourrait représenter la nature trinitaire de Dieu? Peut-être doit-on la voir dans le fait que l’homme a une capacité de raisonnement et de communication verbale, comme Dieu qui lui révèle sa Parole? «L’image de Dieu » signifie probablement que Dieu a originellement fait l’homme pour qu’il reflète son caractère saint et sa position en tant que souverain légitime sur toute sa création. En ce sens,

il est comme Dieu.

C’est une chose inouïe de penser que l’homme a été mis au monde afin d’être le représentant personnel de Dieu sur la terre. Les premiers chapitres de la Genèse insufflent quelque peu l’esprit de ce prodige. L’homme a reçu le pouvoir de créer (Genèse 1.28), il exerce une autorité (Genèse 1.26) et, comme Dieu, il est un travailleur créatif (Genèse 2.15).

Cependant, dans Genèse 3, quelque chose se produit dans chacun de ces domaines pour déformer le plan gracieux de Dieu. À partir du premier moment où il pèche, une maladie virulente se propage dans l’ensemble de la vie de l’homme. Ce dernier se cache de Dieu dans le jardin (Genèse 3.8-10); le rapport réciproque entre l’homme et la femme est déformé en de déplorables représailles rancunières; le sol est maudit et le travail quotidien de l’homme devient un fardeau plutôt qu’un plaisir (Genèse 3.17-19). Tout cela est déjà bien triste, mais c’est sans compter

l’altération de l’image de Dieu.

Les théologiens ont souvent discuté de cette question intéressante. Les Écritures enseignent-elles que l’homme ne reflète plus l’image de Dieu? Ou suggèrent-elles que cette image demeure, bien qu’elle ait été nettement défigurée? De plusieurs manières, cette idée est encore plus tragique. Nous pourrions normalement penser qu’il n’y a aucun désastre plus grand que l’extinction de la ressemblance à Dieu, mais en fait, il y en a un. Et si l’image de Dieu, qui reflète sa grandeur et sa gloire, finissait par devenir une déformation de son caractère? Et si, au lieu de refléter

sa gloire, l’homme se mettait à refléter l’antithèse exacte de Dieu? Et si l’image de Dieu devenait un antidieu? C’est là, essentiellement, l’affront que la chute de l’homme représente pour Dieu. L’homme prend tout ce que Dieu lui a confié pour vivre dans une obéissance libre et heureuse, et le transforme en une arme qu’il tourne contre son Créateur. Par son péché, il abuse du souffle que Dieu lui donne des milliers de fois chaque jour. L’ampleur de son péché est aussi la mesure de son besoin d’être sauvé. Le mystère de la volonté de Dieu de sauver l’homme réside dans le fait qu’il désire restaurer ce qui a été perdu plus ardemment que l’on ne peut l’imaginer. Mais la vieille création doit passer et une nouvelle doit être établie. Ce qui a été perdu en Adam doit être restauré en Christ s’il

y a quelque espoir de goûter la gloire de Dieu de laquelle nous sommes tombés. Aucun auteur n’a probablement mieux saisi cette perspective que Jean Calvin :

Au départ, Adam fut créé à l’image de Dieu afin qu’il puisse refléter, comme dans un miroir, sa justice. Mais cette image, détériorée par le péché, doit maintenant être restaurée en Christ. La régénération

des saints est en effet, comme mentionné en 2 Corinthiens 3.18, rien d’autre que la reformation de l’image de Dieu en eux. Mais il se trouve dans cette création une grâce bien plus riche et puissante

que dans la première… Parce qu’Adam a perdu l’image qu’il avait originellement reçue, il est nécessaire qu’elle nous soit restaurée en Christ. Il nous enseigne donc que le but de la régénération est de nous

ramener de l’erreur vers la fin pour laquelle il nous a créés.

  1. L’homme sous la domination du péché et de la mort

La menace du péché et de la mort est survenue au début du récit de la Genèse. Par son commandement dans Genèse 2.17, Dieu a placé l’homme dans une sorte de période de probation : « Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Mais Satan est venu sous le déguisement d’un serpent pour détruire la communion entre l’homme et Dieu. Il s’en est pris à l’idée que l’homme entrerait sous la domination de la mort : « Vous ne mourrez pas du tout! » (Genèse 3.4). Il a aussi mis en doute la bonté de Dieu en suggérant que Dieu regrettait leur présence dans le jardin (Genèse 3.4-5). Le reste de Genèse 3 raconte la triste histoire de l’homme qui cède à la tentation et, avant même que nous ayons tourné la page, nous lisons que « … le péché est tapi à ta porte, et ses désirs (se portent) vers toi… » (Genèse 4.7). L’image du péché est celle d’un animal sauvage, prêt à fondre sur sa victime. La même réalité se trouve en d’autres mots dans l’enseignement de Jésus : « Quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean 8.34). Paul souligne le même point dans Romains : les hommes sont « sous le péché », comme des esclaves. En effet, dans Romains 5.12 à 6.23, le grec fait généralement référence au péché comme étant Le Péché, comme s’il était personnifié.

En conséquence, les hommes sont sans défense. Bien que la volonté soit puissante, « je pratique le mal que je ne veux pas » (Romains 7.19). Le résultat est décrit avec éloquence dans la même épître :

Avoir les tendances de la chair, c’est la mort… Car les tendances de la chair sont ennemies de Dieu, parce que la chair ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle en est même incapable (Romains 8.6-7).

iii. L’homme coupable devant Dieu

Ces deux premières dimensions de la condition humaine attirent notre attention sur les effets du péché dans la vie de l’homme. Mais les Écritures insistent aussi sur le fait que son péché dénature aussi sa relation avec Dieu. L’homme est coupable. En plus de vivre les conséquences du péché par la souffrance humaine, il tombe sous la condamnation de Dieu.

La description la plus claire de ce principe se trouve dans Romains. Dans Romains 2.1-16, Paul énumère les principes sur lesquels Dieu se base pour en arriver à prononcer un verdict sur nos vies. Il affirme que le jugement de Dieu est toujours selon la vérité et la réalité (verset 2), qu’il est toujours accordé selon les oeuvres (verset 6) et qu’il est aussi mesuré à la lumière de la révélation que les hommes ont reçue (versets 12-15). Il s’agit d’un jugement que Christ administrera (verset 16) et qui en conséquence tiendra compte de tous les secrets du coeur des hommes. On a parfois utilisé ces mots pour attribuer à Dieu une attitude indulgente dans son jugement. C’est pourtant mal comprendre Dieu et mal interpréter Paul. Dans cette partie de sa lettre, Paul est en train de démontrer la culpabilité

de tous les hommes devant Dieu. Ces principes constituent le moyen par lequel la vraie nature de notre péché sera révélée au grand jour. Nous n’avons aucune oeuvre pour nous justifier. Nous n’avons pas réussi à vivre selon la lumière que Dieu nous a donnée. Selon les standards de la vie de Christ, nous sommes des pécheurs coupables. Le jugement de Dieu est donc fidèle à la vérité! Paul peut argumenter en faveur d’un verdict de culpabilité et d’une sentence de condamnation sur n’importe laquelle de ces bases. Aucune excuse ne sera valide au jour du Jugement dernier. Toute bouche sera fermée et tout homme sera déclaré coupable devant Dieu (Romains 3.19).

Paul ne veut pas dire que l’homme ressent une culpabilité, que ce soit le cas ou non. Il décrit le verdict divin et non la psychologie humaine. Par contre, une chose encore plus terrible accompagne ce verdict, car sur ses

épaules repose la colère de Dieu, révélée du ciel contre toute impiété et toute injustice (Romains 1.18). L’apôtre de l’amour dit que sans Christ, « la colère demeure ».

  1. L’homme sous l’emprise de Satan.

C’est un fait établi dans la Bible que, plus la révélation de Dieu est éclatante, plus sera sombre la résistance à son endroit. La lumière révèle la vraie nature des ténèbres. Pour ce qui est d’exposer les pouvoirs du mal, cette vérité s’avère indéniable. L’Ancien Testament comporte des références à Satan et à son oeuvre, ainsi que des traits

de son caractère et de ses mauvaises intentions, mais ce n’est qu’à la complète lumière de Christ que son visage semble être à découvert, démasqué et identifié. C’est pourquoi nous trouvons dans le Nouveau Testament des passages éclairants comme Éphésiens 2.1-4, où les hommes sont non seulement décrits comme menant une existence sans vie dans le péché, dominés par le cours et les caprices de ce monde, mais aussi comme étant sous la domination du malin. Jean va même jusqu’à suggérer que le monde entier est sous son pouvoir. Il met en effet

l’accent sur le fait que Jésus l’a décrit comme le « Prince de ce monde » (1 Jean 5.19; voir aussi Jean 12.31; 16.11). La grande tragédie de l’homme dans sa connaissance de lui-même est qu’il se croit libre, qu’il éprouve les sentiments d’un agent libre, mais qu’il ne voit pas qu’il est esclave du péché et qu’il sert la volonté de Satan. Quels sont donc les besoins vitaux qui sont remplis dans le message de l’Évangile?

  1. Nous avons besoin d’être recréés en Christ afin que l’image de Dieu, que le péché a déformée, soit restaurée.
  1. Nous avons besoin d’être délivrés de la domination du péché afin de vivre librement pour Dieu.
  1. Nous avons besoin d’être secourus du pouvoir de Satan afin de remettre nos vies au Seigneur comme d’heureux esclaves qui lui appartiennent.
  1. Nous avons besoin d’être sauvés de la colère de Dieu afin que, libérés de cette condition la plus terrifiante, nous puissions vivre la vie de pécheurs pardonnés.
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