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Introduction : la souveraineté de Dieu dans nos malheurs (Job 1 – 2)

Introduction : la souveraineté de Dieu dans nos malheurs (Job 1 – 2)

Voici le premier chapitre du livre Job : le malheur et la foi d'Alex Sarran

Nous vivons dans un monde où le malheur survient toujours. Une maladie foudroyante, une épidémie, un cancer… qui nous atteint ou atteint un proche. Un attentat terroriste dans un supermarché ou une salle de spectacle, un accident de la route ou un accident domestique, un cambriolage ou une agression dans la rue. La perte soudaine d’un travail, le chômage, la ruine financière et l’isolement. Un conjoint qui nous quitte ou un enfant qui nous rejette.

Je ne considère pas encore mon expérience du ministère pastoral comme très longue, et pourtant j’ai déjà pu voir le malheur frapper bien souvent et de diverses manières, que ce soit dans la vie des personnes de ma communauté ou de personnes proches de celle-ci.

Alors que mon Église démarrait tout juste, un pasteur missionnaire qui travaillait avec nous est mort soudainement d’un arrêt cardiaque à l’âge de 41 ans, lors d’un pique-nique d’Église, sous les yeux de son épouse et de ses trois enfants, quelques mois seulement après son arrivée dans notre ville.

Un an plus tard, une dame qui fréquentait notre Église a perdu sa fille de 18 ans, qui est morte mystérieusement dans son sommeil. Peu de temps après, le mari d’une autre de ses filles est mort dans un accident de voiture causé par un conducteur ivre.

Plus tard, une dame qui fréquentait l’Église et ses jeunes enfants ont perdu un mari et un père, qui a mis fin à ses jours. Plus tard encore, une jeune étudiante qui venait fidèlement à l’Église est retournée dans son pays d’origine, y a rencontré un jeune homme charmant et l’a épousé. Quelques mois seulement après leur mariage, ils ont découvert qu’il avait un cancer très rare, dont il est mort cinq ans plus tard, à l’issue d’un long et douloureux combat.

Et trois semaines seulement avant que je ne commence à prêcher sur le livre de Job, en 2020, le pasteur Édouard Nelson, serviteur fidèle et dynamique d’une Église à Paris, qui faisait beaucoup pour l’annonce de l’Évangile en France et pour la création de nouvelles Églises, est mort soudainement sur son lieu de vacances, dans un accident d’escalade. Une famille bouleversée, une Église ébranlée, la communauté chrétienne française endeuillée, et toute la francophonie privée d’un fidèle prédicateur de l’Évangile.

Pourquoi, Seigneur ?

Je suis sûr que vous pourriez sans difficulté ajouter vos propres histoires tragiques à ces quelques exemples et, sans doute, nous pourrions passer beaucoup de temps à relater toutes les calamités auxquelles vous et moi avons été confrontés de près ou de loin… à condition d’être assez solides émotionnellement pour le supporter. Parce que, devant ce malheur qui survient toujours, et qui frappe, semble-t-il, soudainement, cruellement, et même aveuglément les plus innocents d’entre nous, il y a comme une indignation profonde et violente qui veut jaillir de notre for intérieur. « Quel scandale ! » serait-on tenté de s’exclamer.

On en vient à penser que si Dieu existe, soit il a envie de nous infliger le malheur, soit il n’en a pas envie, mais il n’est pas assez puissant pour l’empêcher. Quoi qu’il en soit, nous avons un problème ! Et c’est peut-être le plus gros problème existentiel des êtres humains, et particulièrement de ceux qui croient en Dieu. Pourquoi le mal ? Que faire du mal ? Est-ce qu’il y a un rapport entre nos actes et nos souffrances – c’est-à-dire entre la façon dont nous menons notre vie et le malheur qui survient dans notre vie ?

Si au moins nous pouvions comprendre les mécanismes du malheur, peut-être y aurait-il des choses que nous pourrions faire pour nous prémunir contre le malheur ! Par exemple, ne pas fumer pour ne pas avoir de cancer des poumons, porter un casque pour ne pas se tuer à vélo, manger sain et équilibré pour ne pas mourir d’une crise cardiaque, prier et lire la Bible tous les jours pour ne pas souffrir de dépression, s’éloigner du mal pour que Dieu nous accorde une longue vie.

Vraiment ? Est-ce que c’est simplement de cette manière que fonctionne le monde ? En réalité, ça ne serait pas si mal, n’est-ce pas, si c’était le cas, mais notre intuition et notre expérience ne corroborent pas cette théorie. Et au fond, que le monde ne fonctionne pas toujours comme cela nous révolte ! Parce que si nous n’avons pas de prise sur le mal qui peut nous atteindre, cela veut dire que nous sommes très, très vulnérables, et que nous sommes les proies faciles, soit d’un Dieu imprévisible et redoutable, soit d’une fatalité impersonnelle et implacable…

Or ce problème existentiel – le problème de notre incompréhension devant le malheur – est le sujet d’un des livres de la Bible, le livre de Job.

Pour moi, ce texte antique est absolument essentiel pour structurer notre vision du monde et pour nous équiper face au malheur. C’est un livre qui nous rapporte une histoire très ancienne, qui se déroule peut-être même avant l’époque d’Abraham (donc environ 2 000 ans av. J.‑C.). Et si c’est une histoire si ancienne, c’est parce que les questions qui sont soulevées par celle-ci ne datent justement pas d’hier : ce sont des questions qui nous dérangent littéralement depuis des millénaires.

Je propose, dans les chapitres qui vont suivre, d’examiner ce texte ensemble. Cependant, je préfère vous prévenir, c’est un voyage douloureux que nous allons faire. Le livre de Job va nous emmener dans les couloirs les plus sombres de notre condition humaine. Nous allons être confrontés à des choses qui vont nous déranger, parce que ce sont des choses qui vont nous renvoyer à nos propres états d’âme. Honnêtement, pour les plus empathiques d’entre nous, cela peut être difficile émotionnellement, et je serais tenté de vous avertir en ces termes, un peu comme au début d’un film : « Attention ! Certaines scènes ou certains propos peuvent heurter la sensibilité du public. »

Dans ce premier chapitre, nous allons nous intéresser aux deux premiers chapitres du livre de Job, qui constituent le prologue. C’est l’introduction du livre de Job, la partie où l’auteur plante le décor et soulève la problématique de tout ce qui va suivre. Mais déjà, dans ce prologue, nous allons trouver en quelque sorte le message, ou la moralité, de tout le livre de Job. Et c’est aussi la leçon que je veux mettre en avant dans cette introduction au livre que vous avez entre les mains. C’est choquant, c’est subversif, c’est perturbant et difficile à accepter, mais voici cette leçon : Dieu nous envoie souverainement le malheur, mais il reste digne de notre entière confiance. 

Les malheurs de Job sont immérités (1.1-5)

Il y a cinq choses qui sont importantes à souligner dans ce prologue du livre de Job. Premièrement, les malheurs de Job sont immérités.

Il y avait dans le pays d’Outs un homme dont le nom était Job. Cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et s’écartait du mal. 2 Il lui naquit sept fils et trois filles. 3 Son troupeau était de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et son personnel était très nombreux. Cet homme était le plus considérable de tous les fils de l’Orient.

4 Ses fils allaient dans la maison de chacun d’eux tour à tour pour donner un festin, et ils envoyaient une invitation à leurs trois sœurs pour manger et pour boire avec eux. 5 Et quand les jours de festins étaient révolus, Job envoyait (chercher ses fils) et les sanctifiait, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d’eux un holocauste, car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils maudit Dieu dans leur cœur. C’est ainsi que Job agissait toujours.

La première chose que l’auteur veut nous faire comprendre, c’est que Job est vraiment quelqu’un de bien. Il va souffrir, mais il n’a rien fait pour le mériter. Job est « intègre et droit, il craint Dieu et il s’écarte du mal » (v. 1). Dieu lui-même va répéter ce refrain deux fois (1.8 ; 2.3), en ajoutant même qu’il « n’y a personne comme lui sur la terre ».

Job est le croyant le plus fidèle qui soit. C’est un père de famille exemplaire ; ses enfants sont bien élevés, heureux et épanouis. Cela ne veut pas dire que Job est sans péché ; c’est un être humain, il a hérité du péché originel, et le mal habite dans son cœur comme dans le vôtre et dans le mien. D’ailleurs, Job le sait bien, puisqu’il se dit que même si, en apparence, on vit fidèlement, il n’est pas impossible qu’on pèche contre Dieu dans son cœur – et par conséquent, juste par sécurité, Job offre des sacrifices pour couvrir les péchés de ses enfants (v. 5).

Job n’est donc pas sans péché (Jésus est le seul être humain à avoir vécu sans péché[1]), mais pour un être humain ordinaire, comme vous et moi, pour un être humain de notre catégorie, pourrait-on dire, il est parfaitement intègre et sans reproche. Il est le meilleur humain qui existe à son époque. Pourtant, des malheurs vont lui tomber dessus en cascade.

Ce que l’auteur veut nous faire comprendre est très clair : les malheurs de Job sont immérités. Il n’y a pas de corrélation entre la souffrance qu’il va endurer et une ou plusieurs fautes qu’il aurait commises. L’auteur veut faire voler en éclats ce qu’on appelle parfois la « théologie de la rétribution » (ou « la loi du karma » dans l’hindouisme), selon laquelle nos actes plus ou moins positifs conditionnent plus ou moins positivement notre destinée.

Pour le dire encore plus simplement, si tu fais le bien, ça va bien se passer pour toi, et si tu fais le mal, tu vas être puni ! Mais l’auteur du livre de Job nous raconte l’histoire de ce dernier pour nous montrer que cette théorie n’est pas vraie. Cela ne tient pas, parce que nous avons ici l’exemple d’une personne qui ne pouvait pas être plus intègre, et qui pourtant allait connaître les pires souffrances.

C’est comme si je vous disais, en pleine épidémie d’un virus quelconque : « Écoutez, pour ne pas contracter cette maladie terriblement contagieuse, il faut porter un masque sur le visage consciencieusement, puis respecter les gestes-barrières et la distanciation physique. Faites cela et vous serez protégés contre ce virus. » Très bien ! Mais si vous appreniez qu’une personne qui avait suivi toutes les consignes, qui avait porté un masque homologué (changé toutes les trois heures), qui s’était lavé les mains toutes les quinze minutes, et qui avait toujours respecté une distance de plus d’un mètre avec les autres était non seulement atteinte par la maladie, mais en plus hospitalisée en réanimation, plongée depuis trois semaines dans un coma artificiel, cela ferait voler en éclats ma théorie, n’est-ce pas ?

Ma théorie ne serait plus valide parce que vous auriez quelqu’un qui aurait, d’un côté, extrêmement bien respecté les conditions pour se prémunir contre la maladie, et qui aurait, en même temps, connu l’extrême inverse de ce qui était attendu. Or, c’est exactement la situation de Job, un homme extrêmement intègre, et pourtant extrêmement affligé.

De ce constat, nous pouvons tirer une première leçon. Il s’agit d’une leçon à recevoir attentivement, parce qu’elle est particulièrement importante et nous sommes nombreux à avoir besoin de l’entendre aujourd’hui : N’interprète pas par défaut les malheurs qui t’arrivent (ou qui arrivent aux autres) comme des punitions de Dieu. Si les malheurs de Job sont immérités, alors cela signifie que le malheur dans la vie en général, n’est pas une rétribution mécanique du mal que nous aurions commis.

Pourtant, ce n’est pas ce que nous croyons spontanément ! En effet, lorsque nous sommes atteints par le malheur, nous avons très facilement tendance à culpabiliser : « Et si j’avais agi autrement, est-ce que j’en serais là ? » Ou, comme le disent parfois même les non-croyants : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » De plus, lorsque les autres sont atteints par le malheur, nous avons très facilement tendance… à juger ! « Eh oui, il aurait dû écouter mes conseils ! Oh, eh bien ça lui fera du bien de passer par cette difficulté qui lui ramènera les pieds sur terre. En y repensant, cette situation qui lui arrive n’est pas surprenante… »

Dans ce même ordre d’idée, les disciples de Jésus ont un jour posé cette question à Jésus : « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (Jn 9.3). Cette réponse de Jésus nous amène au deuxième point. En effet, en lisant la suite du texte, nous allons constater que les malheurs de Job sont… bénéfiques !

Les malheurs de Job sont bénéfiques (1.6-12)

Nous allons découvrir une situation qui se déroule « au verso de la réalité », comme j’aime le dire parfois, c’est-à-dire dans le monde spirituel, invisible aux humains. Nous, les lecteurs, nous découvrons ces informations, mais il faut se rendre compte que Job, lui, n’est pas informé de ce qui se passe en coulisses. Ce que nous découvrons, c’est que, derrière les malheurs de Job, quelque chose de très important se joue… au ciel !

6 Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Éternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux. 7 L’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Satan répondit à l’Éternel : De parcourir la terre et de m’y promener. 8 L’Éternel dit à Satan : As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre ; c’est un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal. 9 Satan répondit à l’Éternel : Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu ? 10 Ne l’as-tu pas protégé, lui, sa maison et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et son troupeau se répand dans le pays. 11 Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu’il te maudira en face. 12 L’Éternel dit à Satan : Voici : tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir, seulement, ne porte pas la main sur lui. Alors Satan se retira de la présence de l’Éternel.

Au travers de ces versets, nous découvrons qu’il y a une sorte de confrontation entre Dieu et le diable, Job étant au cœur du débat. Nous découvrons que Dieu se réjouit de l’intégrité de Job, et qu’il manifeste sa gloire en Job. Dieu se glorifie notamment aux yeux de son ennemi, le diable, dont l’objectif, depuis la création du monde, est de corrompre tout ce que Dieu a fait. Ainsi, Dieu convoque le diable et lui dit : « Regarde mon serviteur Job, regarde-le, et vois comme tu as perdu, Satan, puisque Job me fait confiance et qu’il s’écarte du mal ! »

Cependant, le diable répond : « Normal qu’il t’aime… puisque tu achètes son amour ! Arrête de le bénir, et l’on verra ensuite ! » En réalité, il manque un élément pour que le diable reconnaisse sa défaite dans la vie de Job : il faut être en mesure d’établir que l’amour de Job pour Dieu est vraiment désintéressé. Il faut démontrer que Job craint Dieu « gratuitement » (v. 9). Il faut démontrer que les raisons pour lesquelles Job fait confiance à Dieu sont exclusivement rattachées à Dieu et non à Job lui-même (c.-à.-d. à un intérêt que Job aurait à en tirer pour lui-même). Autrement dit, il faut pouvoir établir que Job aime Dieu pour Dieu, et pour aucune autre raison.

Nous pouvons comparer ce rapport entre Job et Dieu avec les relations humaines. En effet, il est facile de dire à une personne que nous l’aimons, si elle est belle, riche, puissante, attentionnée, et susceptible de satisfaire nos désirs. Cependant, lorsque ces conditions disparaissent, l’authenticité de nos paroles est vraiment éprouvée. C’est quand la personne aimée tombe malade, vieillit, perd ses richesses et son pouvoir, ou devient gravement handicapée ou sénile et ne semble plus en mesure de nous faire beaucoup de bien, que l’on voit si notre engagement « pour le meilleur et pour le pire » était vraiment sincère.

Dans notre texte, pour démontrer que le diable a tort, que la foi de Job est authentique, et pour manifester la gloire de Dieu au ciel en face de ses ennemis, voici ce qui se passe : Dieu livre Job au malheur dans le but de démontrer l’authenticité de sa foi (c.-à-d. de l’amour qu’il a pour Dieu). L’objectif est ainsi de « justifier » Job aux yeux de toute la population céleste (invisible aux hommes), et de glorifier Dieu dans les lieux très hauts. Comme nous pouvons le constater, il y a quelque chose de très important qui se joue au ciel.

Les malheurs de Job sont donc bénéfiques, parce qu’ils servent à ce projet divin ! Cependant, Job ne perçoit pas le verso de la réalité. Il ignore ce qui se passe dans la salle du conseil de Dieu, dans le monde invisible, au plus haut sommet de l’univers.

Nous pouvons également en déduire une leçon très importante pour nous aujourd’hui - et particulièrement pour toi, si tu fais face à des afflictions en ce moment. Il est tout à fait possible que les malheurs dans ta vie aient des enjeux cachés qui visent ton bien et la gloire de Dieu ! En réalité, si nous sommes des croyants, nous ne devrions pas en douter, puisque le Nouveau Testament nous enseigne que : « Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8.28).

L’apôtre Pierre assure même aux croyants : « Votre foi éprouvée – bien plus précieuse que l’or périssable, cependant éprouvé par le feu – se [trouvera] être un sujet de louange, de gloire et d’honneur » (1 P 1.7). Ainsi, Dieu éprouve notre foi pour révéler qu’elle est authentique. D’une certaine manière, Dieu est en train de demander à Job solennellement, et il nous demande solennellement : « Me feras-tu confiance même quand tu n’aurais plus de raisons apparentes de me faire confiance ? Accepteras-tu de me faire confiance même quand ça ne t’apporterait aucun avantage sur la terre ? »

Et attention… Dieu n’a pas envoyé des malheurs dans la vie de Job parce qu’il lui aurait désobéi. C’est exactement le contraire qui se passe dans le texte. Dieu a envoyé des malheurs dans la vie de Job parce que Job lui était fidèle. C’est l’intégrité de Job qui a « attiré » sur lui le malheur, afin que l’authenticité de sa foi soit manifestée, et que Dieu soit glorifié au ciel !

Les malheurs de Job sont spirituels (1.13-22)

Cela nous amène au troisième point : les malheurs de Job sont spirituels. Les évènements relatés dans la suite du texte sont très intéressants. Ainsi, Dieu livre Job au malheur, c’est-à-dire qu’il autorise Satan à enlever à Job tout ce qui lui appartient (1.12). Nous avons ensuite la description, « au recto de la réalité », de ce qui se passe dans la vie de Job.

13 Un jour que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné, 14 il arriva auprès de Job un messager qui dit : Les bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté deux ; 15 des Sabéens se sont jetés dessus, les ont enlevés et ont passé les serviteurs au fil de lépée. Je me suis échappé, moi seul, pour te lannoncer. 16 Il parlait encore, lorsquun autre vint et dit : Le feu de Dieu est tombé du ciel, a brûlé le petit bétail et les serviteurs et les a dévorés. Je me suis échappé, moi seul, pour te lannoncer. 17 Il parlait encore, lorsquun autre vint et dit : Des Chaldéens, formés en trois bandes, se sont précipités sur les chameaux, les ont enlevés et ont passé les serviteurs au fil de lépée. Je me suis échappé, moi seul, pour te lannoncer. 18 Il parlait encore, lorsquun autre vint et dit : Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné ; 19 et voici quun grand vent est venu de lautre côté du désert et a battu les quatre coins de la maison ; elle sest écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Je me suis échappé, moi seul, pour te lannoncer.

20 Alors Job se leva, déchira son manteau et se rasa la tête, puis, se jetant par terre, il se prosterna 21 et dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu jy retournerai. LÉternel a donné, et lÉternel a ôté ; que le nom de lÉternel soit béni ! 22 En tout cela, Job ne pécha pas et nattribua rien de scandaleux à Dieu.

Job a tout perdu en un seul jour. Il s’agit d’une véritable « série noire », c’est-à-dire d’une attaque de bandits (les Sabéens, v. 15) et d’une catastrophe naturelle (la foudre et un incendie, v. 16), suivies d’une autre attaque de bandits (les Chaldéens, v. 17) et d’une autre catastrophe naturelle (une tornade, v. 19).

La question que j’aimerais soulever est la suivante : Comment Job a-t-il tout perdu ? Si vous demandez aux différents messagers, ils vous diraient : « Eh bien, ce sont les Sabéens, et les Chaldéens, qui ont pillé les élevages de Job et qui ont tué ses serviteurs. Ensuite, c’est la foudre qui a déclenché un incendie, entraînant ainsi la disparition du bétail et la mort des serviteurs. Enfin, c’est une tornade qui a causé la mort de tous ses enfants. »

Cependant, si vous posez la même question à Job, il vous répondrait : « "L’Éternel a ôté" (v. 21). C’est lui qui m’a retiré tout ce que j’avais. » Mais en tant que lecteur, vous diriez peut-être : « Non, c’est Satan qui lui a enlevé tout ce qu’il avait ! La preuve au verset 12, où il est écrit : "L’Éternel dit à Satan : Voici : tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir…" »

En réalité, toutes ces affirmations sont vraies en même temps. Nous allons revenir sur ce sujet dans le quatrième point de ce chapitre. Mais pour l’instant, remarquons simplement que les malheurs dans la vie de Job ont à la fois des causes visibles diverses, qui sont matérielles et observables (en l’occurrence, des humains qui attaquent, des catastrophes naturelles, et même la maladie qui frappera Job par la suite, sur le plan physiologique), mais en même temps, remarquons qu’il y a aussi tout un volet spirituel.

Nous vivons dans un monde unifié, mais ce monde comporte à la fois une dimension visible et une dimension invisible. De même, nous sommes des êtres humains unifiés, mais nous avons à la fois un corps et une âme. Pour ces raisons, nous pouvons affirmer que rien dans notre existence ou dans notre expérience ne se limite jamais qu’à un strict aspect matériel.

Normalement, lorsque nous observons certains phénomènes, nous avons l’habitude de supposer qu’il existe une réalité autre que celle que nous pouvons simplement voir et décrire. Il en est ainsi presque en permanence ! Par exemple, aux alentours de six heures du matin, la lumière du jour commence à se manifester. Cependant, cette lumière provient en réalité du soleil, bien que ce dernier ne soit pas encore visible à l’horizon. Ce soleil, par ailleurs, est une boule de gaz en fusion qui est en train de se lever. Ou plus précisément, c’est la Terre qui tourne sur elle-même. Et plus précisément encore, c’est l’énergie cinétique qui provoque la rotation de la Terre depuis que celle-ci existe, sous l’effet de l’agglomération des différentes matières qui composent la planète depuis son origine, etc.

Il existe une réalité autre que celle que nous pouvons simplement voir et décrire. D’ailleurs, c’est Dieu, « le grand Créateur de toutes réalités[2] », qui soutient, qui dirige, qui gouverne toute sa création. Il commande au jour de se lever chaque matin, et fait fonctionner tout l’univers par l’autorité de sa Parole et par la puissance du Saint-Esprit ! Ainsi, rien n’est jamais uniquement matériel.

De même, nous pouvons considérer que les malheurs qui surviennent ne sont jamais non plus uniquement matériels. Ce n’est jamais juste « la faute à pas de chance ». Ce ne sont jamais juste « des choses qui arrivent, et puis c’est comme ça ». La réalité, c’est que nous vivons dans un monde déchu, abîmé, qui est devenu un véritable champ de bataille, où le diable fait tout ce qu’il peut pour s’opposer au projet de Dieu.

Les malheurs, qui surviennent toujours, nous rappellent cette réalité. Les malheurs que tu traverses aujourd’hui doivent te rappeler cette réalité. La maladie, les accidents, les catastrophes et les conflits existent parce que le monde est abîmé. Ces choses existent parce que les hommes sont déchus. Ces choses existent parce que le diable existe.

Rappelons, bien sûr, que le diable est subordonné à la volonté souveraine de Dieu ; il n’est pas un rival pour Dieu, il est juste un ennemi de Dieu. De la même manière qu’un chien en laisse, il est tenu par une chaîne et a le pouvoir d’agir dans le rayon qui lui est autorisé par Dieu. Dans ces conditions, le diable agit pour nous éprouver.

Les malheurs de Job sont donc spirituels. Dans une certaine mesure, on peut dire que Satan est l’auteur de tout mal et de toute souffrance dans la vie, parce que c’est là son rôle dans notre univers, et que cela lui plaît. Cependant, puisque Dieu est souverain, les malheurs de Job sont aussi providentiels, c’est-à-dire que même si le diable est à la manœuvre, Dieu continue d’être la cause première de tout ce qui arrive. C’est le quatrième point.

Les malheurs de Job sont providentiels (2.1-10)

Satan a tout fait perdre à Job, et pourtant Job demeure fidèle à Dieu. Maintenant, Satan va donc surenchérir.

1 Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Éternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux se présenter devant l’Éternel. 2 L’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Satan répondit à l’Éternel : De parcourir la terre et de m’y promener. 3 L’Éternel dit à Satan : As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre ; c’est un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m’incites à le perdre sans cause. 4 Satan répondit à l’Éternel : Peau pour peau ! tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. 5 Mais étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu’il te maudira en face. 6 L’Éternel dit à Satan : Le voici, il est en ton pouvoir : seulement, épargne sa vie. 7 Alors Satan se retira de la présence de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante du pied jusqu’au sommet de la tête. 8 Et Job prit un tesson pour se gratter et s’assit dans la cendre. 9 Sa femme lui dit : Tu demeures ferme dans ton intégrité ! Maudis Dieu, et meurs ! 10 Mais il lui répondit : Tu parles comme une femme insensée ! Quoi ! nous recevrions de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.

Satan est persuadé que, si Job est attaqué dans son propre corps, dans sa santé, alors il finira par se détourner de Dieu. Mais, une fois de plus, notez bien les mots utilisés dans ce passage. Ainsi, Satan dit à Dieu : « Étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu’il te maudira en face » (v. 5). Or Dieu accepte ce « défi » en disant : « Le voici, il est en ton pouvoir… » (v. 6.)

Le récit se poursuit ainsi : « Alors Satan se retira de la présence de l’Éternel et frappa Job d’un ulcère malin… » (v. 7.) Donc, est-ce Dieu, Satan, ou l’ulcère qui touche le corps de Job ? Eh bien, les trois réponses sont vraies en même temps ! Dieu est la cause première, en vertu de sa volonté souveraine – rien n’échappe à son contrôle et à sa décision (c’est ce qu’on appelle le « décret éternel de Dieu »). Cependant, le diable constitue un agent, un instrument, dont les agissements libres et responsables accomplissent (certes mystérieusement, ou paradoxalement) le dessein de Dieu. Enfin, l’ulcère est un moyen subsidiaire, c’est-à-dire une cause seconde, accessoire.

Ces explications peuvent paraître un peu compliquées, mais elles touchent à une réalité très importante à intégrer dans notre vision du monde, et surtout dans notre perception des malheurs qui surviennent dans la vie. Dieu est parfaitement souverain dans nos malheurs. Job formule parfaitement sa compréhension de la providence, quand il dit : « Quoi ! Nous recevrions de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! » (v. 10.) Et le texte précise qu’en disant cela, « Job ne pécha point par ses lèvres ».

Les malheurs de Job sont providentiels, car ils sont subordonnés à la providence de Dieu. Mais voici la manière dont nous ne devrions jamais interpréter la providence : en reprochant à Dieu nos souffrances. Dans le texte, une personne veut inciter Job à faire des reproches à Dieu, et à imputer à Dieu la faute des malheurs qui se sont abattus sur lui : sa femme. Curieusement, le diable a épargné la femme de Job. Or, il a fait cela pour qu’elle le tente de sa part ! Elle lui dit : « Tu as vu tout le mal que Dieu t’inflige ! C’est méchant ! Lâche-toi et maudis Dieu, puisqu’il est si cruel avec toi ! »

Mais Job demeure ferme dans son intégrité, une intégrité qui était décrite, après la première vague de calamités, dans les termes suivants : « Job ne pécha pas et n’attribua rien de scandaleux à Dieu » (Jb 1.22).

Il est impératif que nous retenions l’idée suivante : nos malheurs sont providentiels, sans que cela ne fasse de Dieu l’auteur du mal. L’apôtre Jacques déclare à ce sujet : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal et ne tente lui-même personne » (Jc 1.13). L’apôtre Jacques veut ainsi signifier : « Que personne ne reproche à Dieu les tentations, ou les épreuves, qu’il traverse. »

Dieu ne désire jamais le mal. Il peut « vouloir » que le mal arrive au sens de sa volonté « décrétive », c’est-à-dire au sens du contrôle souverain, irrésistible qu’il exerce sur toutes choses dans l’univers. Cependant, Dieu ne peut jamais le « vouloir » au sens de sa volonté morale. Dieu ne désire jamais le malheur. En effet, le malheur offense profondément son caractère.

Il faut que nous soyons persuadés de cette réalité. Parce que notre tentation, face au malheur, surtout si nous sommes profondément convaincus de la souveraineté de Dieu, est de spontanément pointer Dieu du doigt et de lui en vouloir. Cela me fait penser à mon professeur de physique au lycée, qui un jour s’est retourné vers les élèves, très en colère, parce qu’une personne lui avait jeté de l’encre dans le dos, sur sa belle blouse blanche. Il m’a immédiatement pointé du doigt parce que j’avais un stylo plume dans la main. Il m’a par la suite infligé une note de zéro sur vingt (qui a fait chuter ma moyenne de quatre à deux !), mais ce n’était pas juste, parce que, malgré les apparences, je n’étais pas le coupable !

De la même façon, lorsque nous sommes convaincus de la souveraineté de Dieu et de la doctrine de la providence, et lorsque nous nous retournons dans le malheur, la première personne que nous voyons, le coupable tout désigné, c’est Dieu, parce qu’il tient le monde dans sa main. Mais ce n’est quand même pas lui le coupable.

Ainsi, tu peux être très en colère dans tes malheurs, mais ne sois pas en colère contre Dieu – ce serait une façon de le maudire. Exprime ta colère à Dieu, mais pas contre lui. Ne lui attribue rien de scandaleux. Ne lui impute aucune faute, ne lui fais aucun reproche. Reproche plutôt tes malheurs à celui qui se réjouit de tes souffrances, au vrai coupable, à l’ennemi de Dieu – au diable lui-même, à ce dragon vicieux qui fait la guerre à la « descendance de la femme », c’est-à-dire aux croyants (voir Ap 12.17).

Job, quant à lui, persévère dans sa foi. Il fait confiance à Dieu. Mais la conclusion de ce prologue est tout de même tragique, et c’est le cinquième et dernier point : les malheurs de Job sont extrêmes.

Les malheurs de Job sont extrêmes (2.11-13)

11 Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui lui étaient arrivés et partirent chacun de son pays : Éliphaz de Témân, Bildad de Chouah et Tsophar de Naama. Ils se concertèrent pour aller le plaindre et le consoler. 12 Ayant de loin levé les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas et se mirent à sangloter. Ils déchirèrent leurs manteaux et jetèrent de la poussière en l’air au-dessus de leur tête. 13 Ils s’assirent avec lui par terre, pendant sept jours et sept nuits, personne ne lui disant une parole, car ils voyaient que sa douleur était fort grande.

Nous découvrons maintenant que des amis de Job ont entendu parler de ses malheurs, et ils décident de rendre visite à Job « pour le plaindre et le consoler » (v. 11). Mais quand ils arrivent, ils sont tellement choqués de voir dans quel état se trouve Job qu’ils éclatent en sanglots. Ils expriment alors une telle détresse qu’on croirait que Job est mort. Ces personnes, qui étaient venues « plaindre et consoler » Job, ne trouvent pas une seule parole à lui dire pendant sept jours et sept nuits ! Les trois amis n’ont pas de mots, tellement Job leur semble claustré dans une souffrance indicible.

C’est un tableau horrible que nous décrit la fin de ce prologue : les malheurs de Job sont extrêmes. Il est assis dans la cendre, c’est-à-dire vraisemblablement dans une décharge à l’extérieur de la ville, où l’on brûlait les déchets. Lorsque Jésus parlait de la « géhenne » et du feu qui ne s’éteignait pas (voir Mc 9.47,48), il a utilisé ce type d’endroit comme image de l’enfer. C’était littéralement une décharge. Job est donc relégué à la place d’un déchet, et il se gratte avec un déchet, un tesson, un morceau de poterie cassée (voir 2.8).

Personne n’arrive à lui parler. Il est comme mort, déshumanisé, isolé. Il y a une sorte d’abîme infranchissable, même pour ses amis. C’est un tableau horrible et bouleversant. Peut-être avez-vous déjà fait une expérience similaire. Vous avez rendu visite à un ami que vous n’aviez pas vu depuis quelque temps, et qui avait beaucoup souffert moralement ou physiquement. Et quand vous l’avez vu, vous avez été choqué de voir sur lui (ou sur elle) la marque de la souffrance.

Des cheveux blancs. Ou des cheveux absents. Des rides. Des cernes. Une perte de poids, ou une prise de poids importante. Des ongles rongés. Une voix affaiblie. Un teint pâle. Un regard vague. Peut-être que c’était un ami qui était dans le deuil après avoir perdu une personne très proche. Ou encore un ami qui était lui-même sur son lit de mort et qui n’était déjà presque plus là. Vous n’avez alors pas su quoi dire. C’était comme si vous n’étiez pas qualifié pour dire quelque chose, comme si vous ne connaissiez pas de phrase appropriée à la douleur de votre ami.

À la fin de ce prologue, notre texte s’achève sur une question poignante. Quelle consolation pourrait-il y avoir pour Job ? Job est extrêmement intègre et pourtant extrêmement affligé ! Certes, nous avons compris toute la leçon de ce passage, une leçon qui nous bouscule, qui nous humilie, qui nous choque peut-être : Dieu nous envoie souverainement le malheur, et il est quand même digne de notre entière confiance. Il s’agit d’une vérité importante sur le plan intellectuel, mais sur le plan de l’expérience, quelle consolation y a-t-il pour le malheureux ?

Et voici ce qui est merveilleux dans le livre de Job (désolé si je vous dévoile d’emblée la fin de l’histoire) : il n’y aura pas de réponse explicite à cette question. En revanche, l’histoire de Job (et tout ce qui va suivre) souligne avec force le besoin que nous avons d’un rédempteur, c’est-à-dire de quelqu’un qui nous rachète, nous délivre et nous console.

Dans notre texte, les malheurs de Job sont extrêmes, et il est isolé dans sa souffrance. Mais le reste de la Bible nous montre que Job avait raison de faire confiance à Dieu malgré tout. Parce que, face au malheur qui survient toujours dans notre monde, c’est Dieu lui-même qui va s’approcher des malheureux pour s’asseoir avec eux par terre.

Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ, il a pénétré sur le champ de bataille et il a affronté le diable. Et Jésus en a souffert. Il a été lui-même « méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui devant qui l’on se voile la face, il était méprisé, nous ne l’avons pas considéré » (Es 53.3). Il a été frappé par Dieu, l’Éternel l’a « brisé par la souffrance » (Es 53.10).

Jésus a été encore plus intègre que Job, et il a encore plus souffert que Job. Jésus a fait cela pour racheter, délivrer et consoler tous ceux qui lui font confiance. Il s’est livré lui-même au malheur pour nous arracher à ce monde de ténèbres et pour nous sauver du mal qui imprègne même notre cœur. Il est venu nous chercher pour nous ramener à Dieu. Et pour cela, il ne s’est pas simplement assis dans une décharge, mais il a affronté le véritable feu de la géhenne, il a été en enfer pour nous ! Cependant, à cause de sa justice, la mort ne pouvait pas le retenir, et il est ressuscité le troisième jour, ce qui a scellé la défaite du diable.

Jésus est l’ami idéal, l’ami parfait des malheureux. Lui seul peut nous dire une parole dans nos souffrances, lui seul peut nous plaindre et nous consoler, parce qu’il est rempli d’une compassion authentique, car lui-même a souffert.

Peut-être que personne ici-bas ne peut vraiment entrer dans tes souffrances avec toi ; personne dans ton entourage ne peut vraiment comprendre ton malheur. Personne n’est capable de t’adresser une parole appropriée. Mais Jésus en est capable. Tourne-toi vers lui dans la prière. Médite sur les souffrances qu’il a endurées. Contemple son angoisse dans le jardin de Gethsémané où ses trois amis n’ont pas pu veiller avec lui, et regarde son humiliation, son isolement et son affliction extrême sur la croix.

Le livre de Job est important. Cette histoire a réellement une portée universelle (il semble que Job ne soit même pas un Israélite). Et cette histoire aborde un des plus grands problèmes existentiels des êtres humains, celui de la souffrance. Oui, Dieu peut envoyer le malheur souverainement, il le fait pour sa propre gloire, il a un but, il a un projet, il y a des choses qui se jouent au ciel, et si tu regardes à Christ, tu verras que Dieu demeure digne de ton entière confiance.

Joni Eareckson est une femme américaine chrétienne qui s’est brisé la nuque à l’âge de dix-sept ans, un jour de baignade à la mer, en plongeant accidentellement à un endroit où l’eau n’était pas assez profonde. À la suite de cet accident, elle est devenue tétraplégique. Le malheur a frappé, et sa vie a basculé en l’espace de quelques secondes. Je vous conseille vivement son témoignage, qu’on peut lire en français dans un livre intitulé Joni.

Vers la fin de son témoignage, elle dit ceci – et puissent ces paroles, qui viennent de quelqu’un qui a beaucoup souffert, nous atteindre de la part de Jésus dans nos souffrances, et nous inciter à notre tour à persévérer dans la confiance en Dieu :

Pour ceux qui aiment Dieu, tout, même ce qui m’est arrivé quand j’avais dix-sept ans, contribue à leur bien. Dieu a été bon pour moi. Il a imprimé l’image de Christ dans mon caractère, il a développé mon bonheur, ma patience, m’a fait trouver le but de ma vie. Il m’a accordé le contentement[3].

 

[1] Voir 2 Corinthiens 5.21 ; Hébreux 4.15 ; 1 Pierre 2.22.

[2] Confession de foi de Westminster, 5.1.

[3] Joni Eareckson, Joni, Genève, Éditions L’Eau vive, 1978, p. 209.

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