Pourquoi faut-il mortifier la chair ? (John Owen)

Cet article est tiré du livre La mortification du péché par John Owen

L’apôtre Paul s’adresse à des croyants lorsqu’il lance ce défi : « Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre » (Col 3.5). Est-ce que vous faites de ce combat votre activité quotidienne? Il vous faut constamment être attelé à cette tâche pendant le temps de votre vie ici-bas. Ne vous accordez même pas un jour de repos. Il faut que vous soyez continuellement occupé à tuer le péché, sinon c’est lui qui vous tuera.

Votre position de nouvelle créature en Christ ne vous dispense pas de ce travail. Notre Sauveur lui-même nous dit ce que le Père fait avec chaque sarment de la vigne qui porte du fruit : « il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit » (Jn 15.2). Et quand il l’émonde, ce n’est pas seulement pendant un jour ou deux. Le chrétien, tant qu’il est sur cette terre, doit s’attendre à être taillé et émondé. Paul nous décrit sa propre expérience : « Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti » (1 Co 9.27). C’était l’occupation quotidienne de l’apôtre. Pourtant, Paul était comblé de toutes sortes de grâces, de révélations, de joies spirituelles, de privilèges et de consolations particulières de la part de Dieu. Mais ce n’est pas pour autant qu’il se croyait dispensé de cette lutte quotidienne contre la chair. Si Paul n’en était pas dispensé, alors comment pourriez-vous croire que vous l’êtes, vous qui êtes bien moins avancé que Paul dans la grâce?

Voici maintenant six raisons de vous atteler à cette tâche importante.

1) Le péché qui habite en vous y demeurera tant que vous serez dans ce monde.

Par conséquent, il vous faut constamment le mortifier.

Certains s’imaginent à tort que nous pouvons, dès ici-bas, obéir parfaitement aux commandements de Dieu et mourir entièrement au péché. Mais ce sont là des pensées charnelles qui n’ont rien à voir avec l’Évangile. Par leurs inventions, ces penseurs montrent leur ignorance de ce que sont réellement la vie en Christ et l’action de Christ dans l’âme du croyant. En réalité, tant que nous serons encore dans ce monde, le péché continuera à demeurer en nous dans une certaine mesure et jusqu’à un certain degré. C’est pourquoi nous devrions éviter de parler comme si nous étions déjà arrivés au but, ou comme si nous étions déjà parfaits : « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ » (Ph 3.12). Ainsi, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour pendant notre vie ici-bas (2 Co 4.16). Or, le renouvellement de la nouvelle créature en nous implique que le vieil homme, de son côté, s’affaiblit et disparaît peu à peu. Tant que nous sommes dans ce monde, nous ne connaissons qu’en partie (1 Co 13.12). Il reste une part de ténèbres qui ne seront dissipées que peu à peu, au fur et à mesure que nous croîtrons « dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pi 3.18). Cependant, la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, de sorte que nous ne pouvons pas faire ce que nous voudrions (Ga 5.17). C’est pourquoi nous sommes encore limités en ce qui concerne aussi bien l’obéissance que la lumière (1 Jn 1.8). Nous avons un « corps de mort » (Ro 7.24) dont nous serons définitivement délivrés qu’avec la mort de notre corps (Ph 3.21). Voilà pourquoi vous devez, jour après jour, être occupé à tuer le péché qui demeure encore en vous. Vous ne devez pas vous relâcher. En effet, il est impossible de concevoir qu’un soldat quitte son adversaire en sachant qu’il n’est que blessé. Le soldat ne peut partir ni se reposer tant qu’il ne sait pas si l’ennemi est complètement mort (voir Ga 6.9 ; Hé 12.1 ; 2 Co 7.1).

2) Le péché habite encore en vous et il est actif !

Le péché est toujours actif, même quand il semble tranquille. Ses eaux s’avèrent être des eaux profondes, même dans les moments où elles paraissent les plus calmes. C’est la raison pour laquelle vous devez combattre le péché avec vigueur même quand vous ne sentez pas sa présence. En effet, la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit (Ga 3.21) ; la convoitise nous pousse à la tentation et elle enfante le péché (Ja 1.14) ; le péché nous enveloppe facilement (Hé 12.1) ; le péché est toujours à l’œuvre, cherchant toujours à nous séduire et à nous tenter. Quel chrétien pourra dire que le péché n’a pas cherché à corrompre sa relation avec Dieu? Cette lutte se poursuivra jusqu’à la fin, et, si vous vous relâchez dans ce rude combat, vous risquez de sérieux ennuis. Si vous ne réagissez pas, vous permettez à l’ennemi de redoubler ses coups ; si vous ne résistez pas, vous serez vaincus. Le péché est subtil : il guette la moindre occasion ; il est plein de force ; il est constamment occupé à détruire l’âme. Pouvez-vous alors espérer vous en sortir si vous êtes négligents ou paresseux dans cette bataille? Chaque jour, le péché doit être dominé, sinon, c’est lui qui prévaudra dans votre vie. Et il en sera ainsi tant que vous serez dans ce monde. Le péché ne vous laissera aucun répit. Aussi faut-il lui faire la guerre au quotidien si vous désirez être délivré de sa déroutante influence.

 3) Si le péché n’est pas continuellement mis à mort, il risque d’entraîner des actes graves, scandaleux, ainsi que la ruine de votre âme (Ga 5.19,20).

Nous connaissons l’histoire de David et nous savons jusqu’où le péché l’a entraîné. Chaque fois que le péché se lève pour tenter et séduire, il fait tout pour obtenir le maximum. Si nous lui laisserions le champ libre, chaque pensée impure conduirait à l’adultère ; tout désir envieux se transformerait en oppression ; toute pensée incrédule mènerait vers l’athéisme. Le péché est comme le séjour des morts : il est insatiable !

Nous voyons ainsi jusqu’où va son pouvoir de tromper les hommes. Le péché endurcit le cœur peu à peu, et, si vous le laissez faire, il ira jusqu’à ruiner votre vie (Hé 3.13). Au début, les prétentions du péché sont modestes, mais, une fois qu’il a pris pied dans votre vie, il gagne du terrain et se montre plus exigeant. Et, pendant ce temps, l’âme ne s’aperçoit pas qu’elle part à la dérive et s’éloigne de Dieu. En effet, elle devient même indifférente à la présence du péché, et la semence du mal en profite pour croître. Dès lors, le mal ne cessera de croître jusqu’à ce que l’âme se soit complètement détournée de Dieu, dans une attitude d’opposition, et même de révolte contre lui. Le péché s’installera peu à peu et endurcira votre cœur au fur et à mesure qu’il progressera. Son habileté à tromper l’âme fera en sorte qu’elle s’enfoncera de plus en plus. Rien ne pourra arrêter ce processus si ce n’est la mortification. En effet, dès que vous la mettrez en œuvre, elle dessèchera les racines du péché, et frappera le mal à la tête. C’est la raison pour laquelle les chrétiens, même les plus avancés dans la sainteté, ne doivent pas se relâcher dans la pratique de la mortification, car, autrement, ils risquent de tomber !

 4) Pour lutter efficacement contre le péché et la convoitise, le Saint-Esprit vous a été donné ainsi qu’une nouvelle nature (Ga 5.17 ; 2 Pi 1.4).

Comment échapper aux diverses corruptions de ce monde lorsque vos convoitises vous y poussent? Cela est rendu possible du fait que vous êtes « participants de la nature divine ». Dans cette lutte, vous avez besoin du Saint-Esprit ainsi que de la nouvelle nature qui a été implantée en vous. Si vous négligez d’utiliser les moyens que Dieu vous donne, il serait juste que Dieu ne vous accorde pas d’aide supplémentaire, car c’est pour que vous les exerciez utilement qu’il vous accorde ses dons et ses grâces. Aussi péchez-vous contre sa bonté, son amour, sa sagesse et sa grâce quand vous ne cherchez pas à faire mourir, jour après jour, le péché dans votre vie. Pourquoi? Parce que, justement, Dieu vous a donné des armes pour vous battre contre le péché, et, s’il vous les a données, c’est pour que vous les utilisiez.

5) Toute négligence entraîne un affaiblissement de l’homme intérieur et s’oppose à son renouvellement.

Paul dit : « Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4.16). Lorsqu’un chrétien néglige de mettre à mort le péché, il permet à « l’homme intérieur » de se détruire. Il lui faut donc mettre en œuvre la grâce que Dieu lui a accordée. Si cette grâce reste là, dans votre cœur, inutilisée, elle va se flétrir (Ap 3.2), et, de leur côté, les convoitises vont s’épanouir et prospérer (Hé 3.13). Si vous négligez la mortification, la grâce sera mise en veilleuse et, inversement, vos convoitises deviendront envahissantes. L’état de votre cœur va ainsi empirer. Chaque fois qu’un homme laisse le péché remporter une grande victoire, cette réalité brise ses os (Ps 31.10 ; 51.8). L’homme est considérablement affaibli ; il est comme malade, au seuil de la mort (Ps 38.3-5), ne pouvant même plus relever la tête (Ps 40.12).

Lorsqu’une pauvre créature subit ainsi défaite sur défaite, blessure sur blessure, humiliation sur humiliation, et qu’elle ne peut plus exercer d’opposition vigoureuse contre le péché, que peut-elle attendre? Que peut-elle attendre sinon s’endurcir de plus en plus par la séduction du péché et par son aptitude à tromper l’âme jusqu’à la saigner à mort? Le résultat de cette négligence est une chose lamentable à considérer, et cette menace pèse constamment sur nous. N’avons-nous pas déjà vu ce résultat chez des chrétiens dont le cœur avait été touché autrefois? Ils étaient humbles, sensibles, craignant d’offenser Dieu et zélés pour son service, et, désormais, ils sont charnels, froids et coléreux. Peu à peu, ils se sont mis à faire des concessions aux hommes et au monde, ce qui a été une occasion de chute pour eux.

Aujourd’hui, la vraie mortification se perd entre deux extrêmes. D’un côté, nous voyons des chrétiens rigides, avec un état d’esprit borné et charnel. Ils sont légalistes, durs, critiques, se laissent aller à la colère, à l’envie, à la malveillance et à l’orgueil. D’un autre côté, nous voyons des chrétiens qui s’autorisent toutes sortes de libertés sous prétexte qu’ils sont sous la grâce.

6) La croissance spirituelle doit être votre but quotidien.

Chaque jour, nous devons croître dans la grâce (1 Pi 2.2 ; 2 Pi 3.18), « en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu » (2 Co 7.1), de sorte que « notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4.16). Or, cela ne peut s’accomplir que dans une pratique continuelle de la mortification. Car si le péché n’est pas affaibli par une guerre constante, il vous empêchera, autant qu’il le peut, de rechercher la sainteté, et il s’opposera à toute croissance spirituelle. N’imaginez pas que vous allez progresser dans la sainteté si vous ne foulez pas aux pieds vos convoitises. Si vous ne tuez pas le péché au fur et à mesure que vous cheminez, vous n’irez pas bien loin spirituellement.

Nous devons maintenant souligner une chose essentielle : tous nos péchés ont été crucifiés avec Christ. Alors, un nouveau principe a été implanté en nous, et ce nouveau principe s’oppose au passage à l’acte de notre péché, et il tend à empêcher nos convoitises de s’exprimer. Cependant, nous constatons une chose : le péché demeure et agit encore en nous, même si nous sommes les meilleurs chrétiens du monde. Il demeurera, agira et travaillera en nous tant que nous serons encore dans ce monde. C’est pourquoi, toute notre vie, nous aurons à nous battre contre lui, nous efforçant de le faire mourir jour après jour.

Avant de continuer, il faut aussi noter que ceux qui professent la foi chrétienne sont de plus en plus nombreux. En effet, ils parlent beaucoup de religion et de piété. Ils prêchent aux autres avec abondance, mais nous ne voyons pas beaucoup de signes de lutte contre le péché chez eux. Et si nous les jugeons selon les critères de la mortification, et non selon leurs paroles, les vrais croyants ne sont pas si nombreux que nous pourrions le croire, car nombreux sont ceux qui n’ont de « chrétien » que leur profession de foi. Certains professent avoir une vie spirituelle et être convertis depuis longtemps, mais, quand nous les regardons vivre, nous ne voyons pas le moindre signe d’un cœur mortifié. Si les occupations futiles, l’oisiveté, l’envie, les querelles, les divisions, les rivalités, la mondanité, la colère, l’orgueil, la mondanité et l’égoïsme sont les marques distinctives du chrétien, alors il y a parmi nous des chrétiens en abondance ! Puisse notre Dieu miséricordieux nous envoyer un véritable esprit de mortification afin de guérir tous ces désordres de l’âme, sinon, notre condition sera peu enviable !

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